Sécurité-patient.fr
Le dispositif qui permet aux patients et à leurs proches de déclencher eux-mêmes une réévaluation clinique rapide en cas d'inquiétude sur une dégradation de l'état de santé sera généralisé aux urgences anglaises d'ici mars 2028.
Comment ça marche
Le dispositif repose sur trois piliers. Les patients, leurs familles, aidants ou représentants peuvent appeler un numéro dédié pour demander une réévaluation rapide par une équipe extérieure au service s'ils pensent que l'état du patient se dégrade. Les équipes soignantes doivent recueillir au moins une fois par jour auprès du patient et de ses proches leur perception de son état. Enfin, patients et familles sont explicitement encouragés à alerter l'équipe de soins lorsqu'ils constatent une détérioration.
Premiers chiffres
Selon les données publiées par NHS England en mars, un appel sur trois (416) passé durant les 16 premiers mois a permis aux équipes d'identifier une dégradation de l'état du patient. Entre septembre 2024 et juillet 2026, 19 177 appels ont été enregistrés. Juillet 2026 a marqué un record mensuel avec 1 678 appels.
L'extension aux urgences fait suite à une expérimentation de huit mois dans sept trusts du NHS. Celle-ci a montré, selon NHS England, que le dispositif peut fonctionner dans des environnements à flux tendu sans personnel clinique supplémentaire.
Durant cette phase pilote,69 appels ont été passés, dont certains ont conduit à une chirurgie en urgence ou à un transfert en soins intensifs. Cette extension intervient après l'été le plus chargé de l'histoire du NHS : sous l'effet de vagues de chaleur successives, les urgences ont accueilli près d'un quart de million de patients de plus qu'à la même période en 2025.
Le regard de Sécurité-patient.fr
La Martha's rule s'inscrit dans une lignée de dispositifs d'« escalade » déclenchée par les patients. Le plus connu est le Condition H (pour Help), mis en place aux États-Unis dans les années 2000 après la mort de la petite Josie King. Il faut aussi citer la Ryan's Rule en Australie (Queensland). Leur logique commune est de reconnaître que les proches perçoivent souvent les premiers signaux faibles d'une dégradation, en particulier chez l'enfant, et de leur donner un canal qui contourne la hiérarchie du service.
Plusieurs points méritent toutefois d'être suivis. Le dénominateur du chiffre « un appel sur trois » reste à préciser, car une part importante des appels porte vraisemblablement sur des problèmes de communication plutôt que sur une dégradation clinique. Surtout, aucune donnée publiée ne mesure à ce stade l'effet du dispositif sur des critères durs (décès évitables, transferts tardifs en réanimation). Le volume de la phase pilote aux urgences (69 appels en huit mois sur sept sites) reste modeste. L'affirmation d'un fonctionnement « sans personnel supplémentaire » devra être confirmée à l'échelle nationale, en période de saturation.
Reste une question pour la France, où aucun dispositif équivalent n'existe à l'échelle nationale : les inquiétudes exprimées par les patients et leurs proches y sont-elles recueillies, tracées et suivies d'effet ?
L'exemple anglais montre qu'une procédure simple, opposable et connue de tous peut transformer une parole qui peut être ignorée en signal de sécurité.
Source : The BMJ, 2026;394 (bmj-2026-100930).